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L'as-tu lue la LRU ?08/01/2008 06:18en cette rentrée universitaire, petit tour de france pour voir où on en est de l'aplication et des réactions à la lru (la liste est ouverte et vous êtes invités à la compléter en commentaires) : (les infos reproduites ci-dessous... en cette rentrée universitaire, petit tour de france pour voir où on en est de l'aplication et des réactions à la lru (la liste est ouverte et vous êtes invités à la compléter en commentaires) : (les infos reproduites ci-dessous sont une compilation d'infos publiées dans la presse ainsi que sur les sites de sauvons la recherche, sauvons l'université, rezo.net, ainsi que diverses listes de discussion, syndicales ou non)
et pour finir je vous livre un extrait de l'un des derniers "bloc-notes" de didier nordon dans le magazine pour la science, parce qu'avec la loi lru et les nouveaux modes de management de la recherche la productivité publiante pourrait prochainement atteindre des sommets (sommer ?) d'incohérence :
=================================================== oubliez harvard ( pierre gervais ) la comparaison avec le "modèle américain" fausse le débat
sur la loi pécresse. le débat autour de la loi pécresse sur les universités
souffre d'un malentendu fondamental, lui-même résultat d'une ignorance profonde
en france de tout ce qui tient aux etats-unis. ce malentendu est malheureusement
entretenu par tous ceux à l'extrême-gauche qui voient dans les projets actuels
un programme néo-libéral d'américanisation de l'enseignement supérieur.
disons-le : la loi pécresse n'a absolument rien à voir
avec le "modèle américain," et avant d'invoquer l'exemple de harvard, partisans
et adversaires de cette loi devraient prendre le temps de s'informer sur la
façon dont cette honorable institution fonctionne. la première caractéristique de l'université américaine est
en effet la séparation stricte entre l'évaluation scientifique (confiée aux
seuls chercheurs dans le cadre d'organes scientifiques indépendants),
le pilotage stratégique et financier (assuré par des conseils
d'administration, les boards of trustees, dans lesquels le secteur privé a une
influence variable, mais pas toujours prépondérante), et la gestion
administrative et humaine des établissements, relevant de présidents et
d'administrateurs étroitement subordonnés aux différentes instances de contrôle
externe mentionnées. dans tout cela, l'etat n'intervient aucunement. or, la loi
pécresse consacre un modèle inverse, autoritaire et étatiste : tous les
choix proprement scientifiques restent aux mains de l'etat central, les pouvoirs
de gestion et de pilotage sont confiés aux seuls présidents d'université, tandis
que chercheurs et conseils élus sont marginalisés. en france, les diplômes sont validés par l'etat en
fonction de priorités fixées par l'etat ; aux etats-unis, leur création est
libre, et leur validation confiée à des experts indépendants choisis par les
conférences régionales d'universités. en france, le financement de la recherche est de plus en
plus géré de manière centralisée par l'agence nationale pour la recherche,
organisme d'etat dont les experts sont nommés par l'etat, et qui applique
à court terme les stratégies définies par le ministère. quel rapport avec les endowments américains, ces fonds
gérant de manière indépendante des ressources de long terme ? quel rapport avec
les évaluations américaines de projets de plus court terme, systématiquement
confiées à des chercheurs totalement indépendants de l'organisme payeur, a
fortiori du gouvernement fédéral, et sans volonté de pilotage en amont ?
quant aux présidents d'universités américaines, des
systèmes complexes d'équilibre des pouvoirs les gardent partout sous tutelle, au
point que celui de harvard a dû démissionner l'an passé pour avoir froissé ses
administrés par des propos à tonalité misogyne. political correctness, peut-être, mais l'on est aux antipodes de la
concentration des pouvoirs proposée en france.... parlons aussi argent. en 2006, la recherche universitaire américaine a été
financée à hauteur de... 5% par les entreprises, un pourcentage en baisse depuis
dix ans, et à 70% par l'etat fédéral et les etats fédérés! les 25% restant
provenaient pour l'essentiel des ressources propres des universités, dont nos
gouvernants ne semblent pas avoir bien pris la mesure : en 2007, harvard
disposait de 35 milliards (eh oui, milliards) de dollars de fonds propres,
rapportant jusqu'à 15% par an, donc une somme équivalente à près d'un quart du
budget total du ministère français de la recherche. et harvard n'est pas seule : en 2006, les dix universités
américaines les plus riches représentaient une capitalisation de 120 milliards
de dollars. l'etat américain dépense donc beaucoup pour des universités dont
certaines sont pourtant déjà fort riches. bref, le système est très coûteux : peut-on prétendre
l'imiter sans s'en donner les moyens financiers ? et
doit-on même l'imiter ? si l'on s'en tient strictement au rapport coût/bénéfice,
l'université française paraît très efficace ! a niveau équivalent, malgré
des moyens très faibles comparativement, et une dépense par étudiant atteignant
à peine le tiers des dépenses américaines, elle parvient à former des chercheurs
et maintenir une recherche vivante, en partie grâce à l'acharnement
d'universitaires qui ont encore la bêtise de croire en leur mission de service
public, en partie grâce à un enseignement secondaire que le monde nous envie
malgré nous. les contempteurs de ce dernier savent-ils que le
baccalauréat dévalué qu'ils méprisent fait bénéficier son titulaire, encore
aujourd'hui, de l'équivalence d'une première année d'université aux etats-unis ?
et si l'on fait référence aux plus prestigieuses institutions américaines, que
l'on mette leurs budgets et leurs résultats en relation avec leurs véritables
équivalents français, ecole normale supérieure ou polytechnique, et l'on verra
que celles-ci coûtent bien moins cher. l'afflux des « cerveaux » aux etats-unis, si souvent
déploré, révèle surtout les faiblesses de l'enseignement supérieur américain,
incapable de former ses propres cadres dans nombre de domaines scientifiques, et
contraint de les acquérir à l'étranger, en chine, en inde... ou en france.
on ne peut certes se satisfaire de la situation du système
universitaire français, désastreuse à bien des égards, mais il ne faudrait pas
pour autant idéaliser le système américain, ni croire que la comparaison
transatlantique conduit toujours à des conclusions évidentes. en définitive, les projets actuels sont profondément
utopiques; jamais les entreprises françaises ne déverseront les milliards
d'euros nécessaires, ce que leurs homologues américaines ne font de toute façon
pas, dans un système qui restera sous la tutelle étroite de l'etat, et dont les
perspectives de succès sont loin d'être claires. en définitive, la loi pécresse ne garde guère du "modèle
américain" que la volonté de flexibiliser des recrutements devenus de droit
privé, le bâton sans la carotte, en somme. ce n'est certes pas de cette façon
que l'on parviendra à valoriser le statut des chercheurs, ou à dynamiser la
recherche. en imposant la présidentialisation à outrance
d'universités toujours plus contrôlées par l'etat dans un contexte de misère
budgétaire, ce n'est pas harvard que l'on imite, c'est l'académie des sciences
de la défunte union soviétique. pierre gervais, diplômé de princeton
et ancien warren fellow àharvard, est maître de conférences en histoire
américaine (universitéparis viii) et membre du laboratoire mondes
américains (cnrs-ehess) Source : affordance ![]() Autres actualités de cette journée : 08/01/2008
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